Semaine arménienne en Avignon par Evelyne Barsamian 3° génération (moitié moitié)
Par En compagnie des Loups le jeudi, octobre 4 2007, 13:42 - Arménie - Lien permanent
©Evelyne.Barsamian
Les ombres démesurées, sombres et inquiétantes de l’histoire précèdent les pas pressés des promeneurs d’aujourd’hui….
Les ombres démesurées, sombres et inquiétantes de l’histoire précèdent les pas pressés des promeneurs d’aujourd’hui….
Les ombres se déploient, se précisent, bruissent et vibrent une semaine durant.
du 12 au 20 juillet à Cultura, sous la puissante impulsion de Mooshegh Abrahamian et de sa compagne.
Les ombres deviennent tapis, dentelles. La trame de l’histoire croise la chaîne du quotidien, de brillants conférenciers manient la navette de la culture.
Véronique Bruna-Mardoyan nous retrace l’histoire de cette Arménie jadis puissante, déployée d’une mer à l’autre pour bientôt, au fil des vicissitudes des guerres, des traités et des partages ne devenir qu’une peau de chagrin. Des traînées sanglantes balafrent la carte, en longue cohortes de suppliciés et déportés ; Génocide.
Le roman le fou nous en témoigne dans une saisissante métaphore qui vaut pour l’époque de de son écriture (XIX°) mais aussi comme projection du destin à venir :
« Hairapet contemplait en particulier un pommier que du lierre enlaçait, du tronc jusqu’aux branches, comme s’il voulait épuiser, étouffer et, pour finir, engloutir cet arbre déjà étiolé, desséché, défeuillé…[…]Voilà une plante sauvage, inutile, sans racines dans la terre nourricière : elle vit aux dépens d’un arbre fécond qu’elle paralyse et dont elle prélève la sève, pour finalement le vider de sa substance et le tuer,……Le Kurde fait-il autre chose, lui qui vit comme un parasite aux crochets des Arméniens ? (Le Fou chap 16 page 134)
Et bientôt les ombres du passé rejoignent aujourd’hui. Le talent des artistes du festival projette les lumières d’Arménie jusque sur le pont d’Avignon…
Rencontres avec les artistes se produisant au festival international de théâtre à Cultura, à la maison Jean Vilar.
Projets scéniques, sensibilité collective, interprétation individuelle. Tout coexiste, se mêle et se livre au public.
Ce foisonnement nous livre des douleurs mais délivre aussi des trésors.
Films, débats, livres, films, musiques, drapeaux, spécialités culinaires s’enchevêtrent.
De doctes universitaires font revivre l’architecture médiévale arménienne (Patrick Donabédian), la trace de l’histoire via l’écriture (Claude Mutafian) et les relations anciennes qui unissent France et Arménie... La communauté arménienne d’Avignon s’expatrie jusqu’à Marseille pour visiter l’exposition de la vieille Charité sur la magie de l’écrit…
Architecture et écrit se mêlent dans la cité phocéenne, comme en Arménie….
Les conférences de Cultura nous ouvrent sur le monde d’hier et celui de maintenant.
La culture populaire nous submerge de sa bonne humeur, de sa sagesse empreinte de bonhomie paysanne via les contes Arméniens relatés par Reine Cioulachtjian
Et puis, ce sont les ombres qui effraient, qui dépassent, qui enserrent d’angoisse glacée les vivants survivants…La fumée des incendies nous étouffe. La suie efface les ombres.
Des responsables juifs viennent témoigner de leur parcours, de la Shoah, de la reconnaissance collective si longtemps réclamée et enfin obtenue.
Alexis Govciyan nous expose l’actualité du génocide, la modernisation et l’ajustement de la situation à la France via République et citoyenneté,
Une ethnologue venue spécialement de la mère patrie Vergin Svazlian témoigne de la mémoire des survivants face à l’impunité du génocide, de son long, minutieux et patient travail pour recueillir témoignages et mémoires culturelles.…..
Et la question arménienne s’étend jusqu’à la fin de la semaine, Politique internationale, Europe, Turquie…
©Evelyne.Barsamian
Désormais, les ombres de l’histoire projetées sur les scènes et écrans Avignonnais s’assimilent peu à peu.
La lumière point. L’espoir renaît. La vie reprend. Un enfant joue avec son ombre démesurée.
L’initiateur de ces évènements, Mooshegh Abrahamian a traduit un roman historique, le fou, dont la sortie a été prétexte à cette semaine culturelle.
Après les vicissitudes, le cauchemar « le paradis perdu semblait renaître, l’âge d’or était de retour, cette époque bénie où la méchanceté et l’injustice n’avaient pas encore privé le monde de sa pureté originelle[…..]les temps sont différents, Ce que je suis aujourd’hui correspond bien à l’actuelle génération. Des progrès considérables se sont accomplis…. » Roman Le fou page 378-380 Raffi éditions Bleu autour).
Et l’auteur dans sa visionnaire utopie, rêve du débat parlementaire, seule voie de réparation et de reconnaissance de l’histoire, seule possibilité de reconnaissance et de partage universel des richesses culturelles…..
Le feu d’artifice clôt la semaine. Le soleil renaît, les ombres s’effacent.
Un enfant confiant dort encore, plein d’espoir en suçant son pouce.
Commentaires
Comme quoi il y a des sujets qui sont malheureusement toujours d'actualité puisque certains refusent la mémoire...
Je viens de lire cet article du monde (http://www.lemonde.fr/web/article/0...) où je découvre que George Bush s'oppose à ce que les Etats-Unis reconnaissent le génocide Arménien...
L'anima respira, è profonda, è sensibile, è triste e appassionata, ma giovane, combattiva, non si arrende, il mondo intorno cammina con cinismo, con false parole, senza scoltare, resta la pace e la speranza in giovani generazioni che verranno, ora sono bambini che dormono sereni e innocenti succhiando il dito. Si può forse proseguire la storia, lasciando loro la possibilità di una vita nuova senza violenze, paure, prepotenze. Ma la memoria servirà loro per difenderli, dalle giuste paure.