Préambule à un bilan, en guise de conclusion du Festival d'Avignon.
Par En compagnie des Loups le dimanche, septembre 9 2007, 12:16 - Le spectacle - Lien permanent
L'histoire en est bien simple: un héritier se souvient de ce que ses anciens lui ont transmis de ce qu'ils ont vécu en Arménie pendant le Génocide. Au travers de cette introspection, de cette remémoration, il les convoque et invite l'histoire officielle à cette confrontation vitale, ce combat dont le seul à sortir vainqueur sera celui qui ne se ment pas, qui ne se retourne pas. C'est l'histoire universelle de l'homme face à l'homme. « To be or not, to be » disait Shakespeare.
Avant tout, nous faisons du théâtre. Soyons bien clair sur ce point. Et c'est très excitant, avant d'être un métier d'épreuves difficiles quand le temps de maturation du projet est limité. Du théâtre c'est à dire que nous développons une capacité à entreprendre un projet de façon professionnelle et extrêmement exigeante, en respect de toutes les règles de l'art, du début à la fin de sa production. Du théâtre c'est à dire que nous avons effectué un travail sur l'humain avec des acteurs à qui nous avons essayé d'offrir les meilleures conditions d'épanouissement de leur art, dans les conditions techniques les meilleures que l'on puisse offrir pour les aider dans leurs recherches. Car c'est le premier objectif de notre entreprise, nous sommes des chercheurs, et l'intérêt de notre travail est qu'il n'a pas déjà été fait par d'autres, que ce n'est pas une recette commerciale comme le disait Lee Strasberg. Je suis très fier d'avoir approché grâce à notre équipe cette maîtrise de la production.
Ensuite, l'acteur en question a été plongé dans une tragédie contemporaine, dans la mémoire du génocide Arménien, et la honte, la douleur, sont difficile à imaginer, à vivre, quand on sait par quels souvenirs l'acteur peut passer pour se représenter de tels mots. C'est une des questions de la tragédie. L'épreuve de se rapprocher de la limite de l'être. De se rapprocher de l'impuissance face à la problématique du tragique. C'est paradoxalement un sentiment exaltant et inoubliable que nous avons vécu là. Comme un voyage dans un pays inconnu de tous dont nous rapportons le témoignage au grand jour, car ces acteurs là y sont allé.
Enfin et surtout c'est le travail de l'acteur, tel qu'on ne le voit ni à la télévision, ni au cinématographe, ni sur la plupart des scènes. Ce travail est une concentration, une maîtrise émotionnelle et technique extrême, au delà d'un talent, pour retrouver une réalité de la réalité qui n'est pas la sienne, mais à laquelle il se donne l'objectif de nous faire croire, de nous y faire vivre le moment de la représentation . C'est sur ce point, dans ce fracas assourdissant d'un monde du tout spectacle, que je me permet d'insister, et de dire haut et fort: ces trois acteurs là ont atteint par leur travail un niveau de jeu inégalable et rare.
La scène de « mémoire de ma mémoire » est le lieu souhaité idéal de l'expression de l'acteur en cela elle est vide d'objets qui relativise son jeu. Tout dès lors est permis pour imaginer, mais la tragédie, surtout s'il s'agit d'un génocide comme il en est question dans ce texte majeur de l'histoire de l'Arménie contemporaine, n'est pas imaginable.
L'histoire en est bien simple: un héritier se souvient de ce que ses anciens lui ont transmis de ce qu'ils ont vécu en Arménie pendant le Génocide. Au travers de cette introspection, de cette remémoration, il les convoque et invite l'histoire officielle à cette confrontation vitale, ce combat dont le seul à sortir vainqueur sera celui qui ne se ment pas, qui ne se retourne pas. C'est l'histoire universelle de l'homme face à l'homme. « To be or not, to be » disait Shakespeare.
Dès lors, ce spectacle est ce rêve, dois-je dire un cauchemar, bien qu'il permette à cet être de se construire sur les ruines de sa mémoire enfouie dans le déni, de grimper sur les épaules des anciens et d'y devenir un être de lumière, un être de parole héritier de l'humanité.
Frédéric de Rougemont
Commentaires
salut, sympa ton blog ! vraiment agrtéable de lire tes billets. pour en reveni à ce billet, parfois certaijes parenthèses en disent bien + que le reste e la phrase: en guise de conclusion du festival d'avignon