Un héritage lourd à porter, par Célio-Noël Ménard - www.lestroiscoups.com
Par En compagnie des Loups le lundi, juillet 30 2007, 23:38 - La Presse en Parle - Lien permanent
C’est d’abord un voyage, dans l’histoire du peuple arménien. Un passé de trois mille ans marqué d’années noires, dont les plus récentes, au milieu de la Première Guerre mondiale, sont les plus tristement célèbres et marquent le premier génocide du xxe siècle.
Mais si l’on connaît ou du moins si l’on a entendu parler de ces massacres organisés, la majorité d’entre nous ne sait pas que ceux-ci commencent dès la fin du xixe siècle, avec la mort de plus de 200 000 Arméniens entre 1894 et 1896. À cela s’ajoute le dépouillement de plus d’un million d’entre eux, la conversion forcée à l’islam, la destruction des églises et la disparition pure et simple des villages récalcitrants. Et, bien évidemment, les protestations de ce que l’on nomme aujourd’hui la communauté internationale sont aussi plates qu’elles le seront concernant les débuts de l’Allemagne nazie, le Rwanda, le Darfour, l’Algérie, la Yougoslavie, etc. C’est le témoignage d’un héritage lourd à porter et que l’auteur (Gérard Chaliand) a voulu dans un premier temps oublier. « Le caillot que j’avais dans le poing au jour de ma naissance et dont, enfant, on m’a transmis la tragédie. Et que j’ai voulu oublier. Et puis un jour, il faut à son tour le transmettre. » La Cie En compagnie des loups prend ce sujet à « bras le cœur ». Jacques Bourdat, Jean-Claude Falet et Odile Frédeval transitent d’un espace à l’autre, suivi par leurs « carrés de lumières » et nous racontent l’horreur, l’humiliation, la résistance de ces hommes et de ces femmes. « Choisir sa façon de mourir est la seule liberté qu’il nous reste. » La mise en scène (Frédéric de Rougemont) est limpide. Les déplacements réguliers, martiaux, mettent en relief l’horreur de cette organisation, de cette « solution finale ». On ne sort pas une seconde du sujet. L’interprétation des trois comédiens est magistrale. Le terme n’est pas trop fort. Le texte est parfois insoutenable, mais comment ne pas les écouter, eux qui sont vivants. J’entends bien l’argument qui veut que le théâtre serve à divertir, qu’après tout on sait que ce génocide a eu lieu, et qu’on n’a pas envie d’entendre parler de mise à mort et de destruction. Divertir ou faire diversion ? Ce spectacle, indispensable, donne l’espoir de ne pas être, comme dit Philippe Claudel, « à l’image de tous les hommes d’aujourd’hui qui se souviennent de leurs dernières vacances, mais pas des crimes contre l’espèce humaine. Nous ne savons plus où ranger les guerres. Nous manquons de tiroirs. Nous consommons des cadavres par massacres entiers à mesure que les journaux nous les apportent, et puis nous mélangeons, nous touillons : c’est bien plus efficace que la chaux vive. » Célio-Noël Ménard http://www.lestroiscoups.com/
Commentaires
Le spectacle que nous abordons est d'une actualité déconcertante, il visualise les scènes bafouées par l'histoire et retrace le mal subjugué de bonheur suave dans le suaire des martyrs...Quelle esthétique usitée sinon le corps perçu dans sa nudité primitive et confronté à sa destinée; cela nous amène inéluctablement à la question actuelle, converstir l'Iraq et la sphère pétrolière à la logique de "la vérité universelle" qui n'est elle même qu'idéologie de l'hégémonie... Enfin, l'on peut se poser la question suivante; pour qui donne-t-on le spectacle? Pour un regard méditatif ou pour un spectateur de fortune?
Les trois loups ;Espérance en quête d'espoir?
Ni l'un ni l'autre. Et surtout pas dans cet axe ... ces axes ..
D'une part, si il y a actualité, elle n'est que celle d'un homme, gérard Chaliand, qui a mis tant de temps pour construire ce legs. Ce moment où il a choisi qu'il était le bon moment pour lui devient le nôtre, puis le vôtre en regard de "l'actualité". C'est votre actualité qui s'installe auprès de ces mots.
Enfin le corps nu, n'est pas nu, il est une forme qui supporte la marque, la trace, tant tout est une histoire de peau. Sur cette peau est inscrite la première phrase écrite en arménien, il y a 1500 ans ...
Un alphabet qui a été inventé pour resister à l'invasion des perses mazdéens.
Une voix qui s'élève pour dire que la culture et l'écriture, l'inscription des choses, l'acte de consigner, permet aux peuples de continuer à exister .
Cette transmission est universelle.
Elle approche le spectateur autant que Shakespeare, Racine, ou d'une manière générale tous les auteurs de la tragédie ... ou qu'elle soit dans le monde et quelque soit son actualité
Venez voir le spectacle ... on en reparlera ...
Quand aux loups, ils sont peut-être la clef qui vous manquait. Ils n'ont d'autre espoir que d'être visités par les hommes, comme ces pans entiers de nos sociétés qui croient en l'égémonie, travaille pour l'écrasement des différences et refusent l'ombre .... qui les construit.
Enfin les spectateurs... Ils sont des amoureux du Théâtre. De celui qui décale quelque chose, comme ce fameux vert veronèse cher à Artaud. De celui qui fait remonter la peur du loup, le trac du spectateur.
Meditatif ou de fortune .
Un peu comme sur un blog (lol)
Sur lequel on rebondit
Sans se plonger dans l'emotion de la scène.
Le théâtre est cet espace de résistance ou les corps résonnent face à d'autres corps. Mais il faut s'y déplacer. Le jugement n'est pas un précédent au plaisir du théâtre. C'est l'expérience qui le nourri L'expérience des acteurs face à l'auteur. L'expérience des acteurs sur scène entre eux, humains qu'ils sont. L'expérience de l'autre humain, sur son siège, qui vibre aussi.