Festival d’Avignon 2007, année de l’Arménie en France…
Par En compagnie des Loups le vendredi, juillet 27 2007, 12:55 - Arménie - Lien permanent
Mes grands parents paternels venaient de là-bas … mes pas me conduisent tout droit aux spectacles issus de cette mémoire collective. J’ouvre un livre « histoire de l’Arménie » vieille civilisation, la trace hellène y est partout prégnante. Incontournable.
Tiens, c’est comme en Avignon…Avignon, la Grèce, l’Arménie…
Sur les rives du Rhône, le théâtre grec est soudain là, polymorphe, arménisé. L’art rejoint l’histoire. . Le pathos et le coryphée s’exposent et se développent pour »mémoire de ma mémoire » de Chalian interprété par la Compagnie des loups au grenier à sel, de façon grave, solennelle et douloureuse, une sombre histoire collective où seules de petites touches nous ramènent au parcours individuel. La catharsis exubérante explose de musique, de mouvement et de couleur pour un parcours singulier dans « le concert arménien ou le proverbe turc » au théâtre des Corps saints avec Gérard Torikian La transcendance du masque atteint l’universalité via la transe virevoltante de Balkis Manoukian dans « l’éclat des lucioles » au théâtre des Corps Saints compagnie Et Lounda.
La vieille mémoire du monde est la. L’Arménie pleure, souvent souffrante, parfois joyeuse, accompagnée du duduk mélancolique. Les traces sanglantes de l’histoire s’imposent. Triste fil rouge.
Tour à tour épopée antique guerrière dans mémoire de ma mémoire, fortement empreinte de l’âpreté montagneuse du pays d’Arménie c’est la chasse, la chasse à l’homme dans une vision classique d’un théâtre proche de ses racines hellènes, sobrement dépouillé, et par là même encore plus violent et cru. Noir et blanc. Nul autre espoir de survie que la trace écrite dans cet univers désespéré. L’alphabet arménien comme transmission et acte de résistance. Survivre. Pathos.
Antique encore l’odyssée théâtrale et musicale de Torikian ; fantasque, Homère s’aventure sur les rivages de l’Euphrate. Ulysse, après avoir parcouru les îles grecques, nous dépose en Arménie pour une étape supplémentaire (Merci Danièle Mardoyan pour l’avoir soufflé). Du dépouillement implacable on passe au foisonnement loufoque et coloré. Le lourd passé est expurgé en une succession de saynètes enlevées, l’histoire familiale et personnelle est là, toutes les facettes de la culture arménienne aussi. Sans renier le passé douloureux, un espoir de vie, de pardon se fait jour. L’oppressé relève la tête. De mort-vivant on passe à vivant. Catharsis.
Soudain, les lumières surgissent de la nuit « c’est l’éclat des lucioles » de la compagnie Et Lounda, le solo de Balkis Manoukian. Le destin est transcendé, les ponts entre Orient et Occident sont jetés. On sort par une danse spiralée du processus involutif, désespérant qui enfermait. Le masque blanc permet à tout un chacun de se reconnaître ; il est dansé de dos, un nouvel être est ainsi exprimé ; ni d’ici ni d’ailleurs, pas d’hier, ni d’aujourd’hui, peut être de demain. Le centre douloureux de la mémoire se dilate et s’ouvre au monde. Le poids de l’histoire se fait plus léger, expression artistique contemporaine et traditionnelle se côtoient et l’individu reprend sa place singulière, fils de l’histoire et enfant de la vie, justement proportionné à l’infini de l’univers, à l’intemporalité, « un éclat de luciole dans la nuit ». Masque arménien. Masque grec. Maschera ? De la tragédie pathétique, les spectacles du festival nous ont conduits au voyage initiatique pour aboutir à la transe incantatoire. De collectif, le destin devient singulier pour s’ouvrir enfin à l’universalité de l’art et la vie. Evelyne Barsamian 3° Génération.
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