Lui qui a participé activement à la création du Tribunal permanent des Peuples et, par conviction, demeure engagé dans la lutte pour l’autodétermination, s’est rendu compte qu’il essayait d’oublier un drame qui devait au contraire être raconté. N’est-ce pas le premier génocide du XXème siècle ? Pendant vingt ans, il a écrit des bribes du texte publié chez Julliard, et finalement adapté au théâtre par la Compagnie des Loups en collaboration avec le théâtre Label Etoile et la Région Pays de Loire. On ne sort pas indemne d’une telle pièce (peut-on appeler ça un spectacle ?). Sur scène, trois personnages, sans décor : « lui » (le narrateur, joué par Jean-Claude Falet, dont la ressemblance avec l’auteur, sur scène, est frappante), « l’Histoire » (campée par Odile Frédeval, c’est « la » femme, la pleureuse, colporteuse de mauvaises nouvelles, la « victime » type mais aussi première résistante), et « eux » (les autres, les hommes, bafoués, violés, torturés, trucidés, mais aussi combattants, représenté par Jacques Bourdat, transformé en « Gladiator-Spartacus » blond oxygéné). Sur le corps de ce dernier, sont inscrits en noir les premiers mots de la tragédie, un peu à la manière des tatouages Mahoris sur les joueurs de rugby All-blacks. L’effet est saisissant. Dans la noirceur du drame, on ne voit que lui. L’espoir. La résistance. Armée. « Mémoire de ma mémoire, c'est la parole d'un peuple opprimé, figé dans l’horreur et la mort. Sur le plateau le mouvement est lent et oppressant. Les mélopées stressantes. Les mots, parfois éructés, crachés, presque indicibles, tant ils racontent l’innommable, font mal. On en prend plein la gueule. La mise en scène de Frédéric de Rougemont se veut la plus discrète possible. S’il y un mouvement, c’est dans l'évolution des acteurs au fil du texte. Un texte à la limite du supportable. Guillaume Chérel

« Mémoire de ma mémoire » de Gérard Chaliand, au Grenier à Sel, rue du Rempart St-Lazare. Tel résa : 04.90.27.09.11