Les chroniques du Grenier 11/07/07
Par En compagnie des Loups le jeudi, juillet 12 2007, 12:37 - Les chroniques du grenier - Lien permanent
Echarpes! Bonnets! moufles!cache-col!polaires!collants!cagoules!chaussettes tricotées main! Doudounes! Bouillotte en peau de zèbre!
ben quoi? Faut bien gagner sa vie comme dirait l'autre et comme l'écriture ne nourrit pas son homme (ça se saurait sinon?) Il faut innover, inventer d'autres formes, d'autres outils et comme l'hiver s'est incrusté en Avignon, je me suis dit finalement que colporteur marchand ambulant, c'était un bon moyen...J'aurais bien fait crieur public mais j'ai une petite voix minuscule et fluette...c'est a peine si je parviens à faire plus que murmurer... à peine, tout juste...et encore... sauf si l'on me fâche...
Et puis lutter contre le vent qui rend fou et le Charivari de la jungle en furie... c'est pas pour dire mais tout de même...Et puis j'aime pas les portes-voix...Le petit côté CRS qui sied si mal à mon teint sans doute...quelque chose dans le genre ... que voulez-vous, les idées reçues, c'est un truc contre lequel il faut lutter tous les jours... c'est une sorte de gangrène sournoise qui ronge doucement les êtres...tous...ou presque... mais le porte-voix, y a rien à faire... enfin bref, chacun ses tares... y a pire me direz-vous. L'amour de l'ordre et de la sécurité...du tout propre, tout droit, carré, conforme, froid, rigide, fermé...le monochrome, le monocorde... tout le contraire de ce qui se passe ici donc...
j'aime voir le mélange qui s'opère, le polychrome, le polyphonique, les voix qui se croisent, se superposent, s'entrechoquent, s'embrassent, se répondent...s'écoutent ? Oui, je crois bien que c'est ça qui se passe... Ce Grenier est un lieu où les individus, les parlêtres se rencontrent, se parlent, échangent, donnent, reçoivent, s'entrenourissent... pas un jour qui ne porte son lot de surprise, d'émerveillement... je ne sais pas si nous parviendrons à tenir le rythme-là jusqu'à la fin du mois, mais pour l'instant j'en profites... jour après jour...je me nourris des sourires, francs ou timides de ceux qui se tissent au fil des bouches d'hommes ou de femmes, des jeunes comme des vieux... ceux qui n'illuminent que les regards ... furtifs ou intenses... les frémissements des spectateurs, qui traversent ce lieu, ceux qui ne font qu'y passer comme de ceux qui s'arrêtent le temps de donner aux comédiens ce retour qui leur fait tant de bien...
A midi, nous parlions de ça avec l'un de mes copains écrivain... Qu'est-ce finalement pour nous le succès véritable si ce n'est le retour, au un par un, au cas par cas, de ceux qui, de notre travail, estime avoir reçu quelque chose... aussi petit soit-il... le un par un, il n'y a que ça qui compte dans le fond... la conversation intime qui se noue entre deux êtres et qui, parfois, dans le meilleur des cas, se prolonge au-delà du geste artistique proprement dit.... je crois que je ne cesserais jamais d'être surpris chaque fois que cela se produit... non, décidément jamais... cela tient du miracle, ou de la magie, et dans le fond je plains les cyniques et les non-dupes qui n'en sauront jamais rien....
alors en attendant la moisson de demain, je tenais juste à vous dire merci... juste ça, à chacun, rien de plus mais rien de moins non plus
Commentaires
Depuis tout à l'heure j'hésite... sur la juste opportunité de laisser un commentaire dérisoire (forcément dérisoire) ici… et puis, sûrement aussi, il y a la difficulté de mettre des mots sur les émotions ressenties après avoir vu la pièce… un peu comme cette difficulté que j'évoquais l'autre soir, cette difficulté à applaudir immédiatement à la fin de la pièce, avant d'avoir pu reprendre sa respiration, avant d'avoir repris conscience que ce n'est pas l'Histoire (et la majuscule est intentionnelle) qui s'est déroulée sous nos yeux, mais uniquement sa brillante (re)présentation… par moment je crois que j'en suis encore là, dans cet instant suspendu, hors de rien et plein de tout…
Peut être devrai-je juste faire un commentaire miroir en renvoyant ta dernière phrase en disant juste merci pour ces instants là…
Mon cher Franck, je te lis, j'engloutis tes impressions comme on respire de l'air pur après avoir été enfermé dans un endroit clos, et c'est un bonheur.
J'espère que tu vas bien, que vous allez tous bien.
Pour en revenir à ta note, comme nous le pensons tous, oui, les cyniques n'ont plus accès à ce qu'on appelle "l'émerveillement". Je les plains. Enfin... un peu.
Baisers !
(Chez nous, le soleil est revenu !)