La Mémoire de ma mémoire
Par En compagnie des Loups le samedi, avril 28 2007, 17:07 - Le spectacle - Lien permanent
une petite histoire épique et personnelle de famille
au milieu de la bourrasque arménienne orchestrée par les puissants. Une
histoire de grand-père, d'oncle, l'histoire des anciens, des vieux et de leurs
poussières dorées. Une histoire de nains sur des épaules de géants.
« La mémoire de ma mémoire n’est pas ce que j’ai vécu mais ce dont j’ai hérité. L’écho d’un passé. Elle est la partie immergée de mon histoire. L’amont nocturne de ma saga. Le caillot que j’avais dans le poing au jour de ma naissance et dont, enfant, on m’a transmis la tragédie. Et que j’ai voulu oublier. »
Si la théâtralité est ce qui commence là où s'arrêtent les mots, et si la tragédie au théâtre est une épopée, un récit plein de cris silencieux et de larmes rentrées. Si la tragédie est un chemin sur lequel les hommes sont les objets d'un destin qui les dépasse, alors "Mémoire de ma mémoire" est une tragédie moderne.
Ces hommes et ces femmes nous racontent comme les Grecs dans la tragédie classique ce qui s'est passé ailleurs, avant, et comment cela s'est passé sous leurs yeux, mais comme dans la tragédie, cela ne se passe pas devant nous. Ce qui se passe devant nous, c'est l'onde de choc, le regard de celui qui écoute, l'impact. Ce théâtre est un acte, inqualifiable et paradoxal, de l'ordre de l'indicible et de l'implicite, de souvenir.
Dans ce théâtre, le moment du jeu est un moment de vie, une vie parallèle mais bien réelle, avec de vrais acteurs devant nous et qui nous emmènent dans un monde paradoxal, imaginaire et historique, qui se déroule vraiment sous nos yeux tout en appartenant au passé.
Ce paradoxe nous évite un jugement sur ce que l'on voit pour accepter simplement de vivre, pour y croire, se laisser emporter par les propositions, et écouter ce que les anciens ont à nous dire, ceux que l'on invoque, ces autres du passé, de ce qui s'est passé.
Ce qui n'est pas paradoxal: c'est l'émotion qu'on en ressent.
Gérard Chaliand est ce passeur, verseau de ce flot d'émotions, de lames brillantes de couteaux, de parfums de cuir et de benjoin, de peau, de larmes, d'étoffes, de journaux et de musiques. De vie, tout simplement...
Mémoire de ma mémoire est un travail pour se souvenir que cette histoire a été vécue par des hommes et des femmes de chair et pas seulement par des fantômes en noir et blanc. Des fantômes flous et passés, costumés comme des danseurs traditionnels désuets. Des danseurs traditionnels images de livres d'histoires dont l’oubli efface les visages, visages de guerriers devenus des listes de noms sur des monuments et des lignes ingrates dans des rapports d'experts.
Elle parle d'arménien et de leur mémoire, de leur culture, de leur douleur et des effluves qui ont construit un homme engagé dans un combat sans relâche pour écrire la mémoire de sa mémoire et qu'elle ne disparaisse plus jamais. Au delà, l'universel est maître, c'est lui que l'on touche avec cette ode à la vie qui reprend.
C'est une petite histoire épique et personnelle de famille au milieu de la bourrasque arménienne orchestrée par les puissants. Une histoire de grand-père, d'oncle, l'histoire des anciens, des vieux et de leurs poussières dorées.
Vous êtes vous demandé quelle est la part de vous qui repose sur une mémoire de mémoires ?
Commentaires
La part la plus infime comme la plus grande. Celle non vécue mais portée, faite sienne puis transmise. Messagère. Celle fondatrice, cette ligne à partir delaquelle l'on se développe au sens tant social qu'affectif. Celle qui éloigne des mauvaises ombres... Et qui de génération en génération se transmet.. d'histoire de vie en vécu... Celle des larmes, du sang, et des rires qui reviennent malgré tout.
Les livres d'Histoire ne suffisent toujours pas à transmettre l'émotion, ils sont des chronologies de faits, des chiffres, des évènements.. mais ils oublient ces petites "perles". Racines invisibles.
Le risque terrible est la perte de cette mémoire là. Comme une seconde dés_incarnation...
mes bonjours à vous.
Réincarné. Carnation. Celle qui surgit au détour d'un parfum, d'un son inconnu et intime, cette part de nous est-elle identifiable? visible en plein jour et de nos hémisphères? Un bruit de fond qu'on arriverait jamais à faire taire? Incarnation. Un appel que l'on lance enfant sans bien savoir pourquoi et que jamais personne n'arrive vraiment à appaiser. C'est cet être qui naît en cet être qu'on nous lègue au départ. Je sens arriver le Franckanien... et son inconscient. Il va nous parler du grand échevelé. Conscient. Un peu comme ces galets de mots qui se mettent en place un à un, à chaque ressac, en s'entrechoquant comme contre les dents d'un autre, en se calant tendrement contre soi. J'adore ces voyages. C'est sûr, je n'aimais pas l'histoire. Ce diktat, ces chiffres absolus, ces noms lointains et rigides. Et puis je me rend compte ces jours-ci de son incontournable talent de stabilisateur, face au tendances à ré-écrire justement l'histoire. Non, je ne sais pas si appaiser prend un ou deux P. Merci Thea.
Apaiser s'écrit avec un S et un R à ce qu'on dit (hé hé) (On parle de moi ? on m'appelle ?)
Oui, oui, l'Histoire le lieu des pires combats idéologiques, écrire l'hier pour justifier demain, déjà Auguste demanda à Virgile "l'Énéide" pour justifier son devenir Empereur aux yeux des citoyens romains au tournant de l'ère...et cela continu sans cesse, la discipline des tours de passe-passe...La vanité sans borne des historiens à vouloir raconter l'Homme et le monde...et puis des trous...rien si ce n'est les inscriptions de Pompéi pour dire les petites gens durant presque la totalité que dura la civilisation romaine antique...En Grèce au moins avions-nous "les travaux et les jours"...
Oui, la menace permanente qui pèse sur la mémoire sensible, bien que...constater le savoir inconscient de la signification profonde des mots peut laisser perplexe...ce qui passe par là, le langage...les romans et le théâtre pour dire ce qui ne peut être répertorié par les manuels d'Histoire, la grande marche de l'homme qui pourrait bien très mal se terminer si la seule trace qu'on daigne lui donner est aussi lisse, conforme, froide et morte en quelque sorte...la trace froide précèdera l'acte final...l'énonciation de ce "d'où l'on vient là" ne pouvant entraîner qu'un "où l'on va" terrible...enfin...
des bises à tous les deux, Thea et Frédéric