Pour chacun, désormais, il devient impossible d’ignorer la proximité des échéances…à peine trois petits jours et nous y serons, première et captation mêlées…le moment de présenter à Gérard Chaliand ce que nous avons fait de son legs…comment s’incarne la mémoire de sa mémoire dans l’espace nu du plateau…par instant, il me semble que l’angoisse qui s’est invitée, je pourrais la saisir à pleines mains comme les grosses bûches qui alimentent la cheminée… Savoir l’apprivoiser…en faire cet ennemi intime dont on se sert pour avancer encore un peu plus loin…le marchepied pour atteindre le dernier étage de cette construction, cette cathédrale de chairs, d’âmes et de mots que nous bâtissons depuis presque sept mois… Les interviews de l’équipe sont dans la boîte…même Frédéric a finalement accepté d’y passer…les gamins du lycée d’Angers sont formidables…précautionneux…gentils…attentifs aux personnes et respectueux du travail élaboré par Frédéric…le cocon des interviews pensé en résonance avec le cadre de la scène…même fond…mêmes découpes lumière sur les visages…poser à chacun les quatre mêmes questions et recueillir ce que chacun y aura entendu…pas deux réponses identiques…ce que nous pouvions espérer de mieux…des bouts qui s’enchâssent les uns dans les autres pour tisser le canevas de notre travail…dessiner le portrait en creux de la scène… A partir d’aujourd’hui, je prends en main la DV…capter les instants que nous sommes seuls à vivre…hors monde…et pourtant…comment nier que nous sommes en même temps, plus que jamais, exactement au cœur, dans les battements du monde ?…là, juste sous la peau de simulacres…le théâtre nu contre le spectacle...