Les voix se font entendre, les graves se solidifient.
Par En compagnie des Loups le lundi, mars 19 2007, 21:47 - Le spectacle - Lien permanent
Le deuxième étage commence à se
parfumer des essences de l'arménie, de l'encre, du papier journal et des
lumières d'acier.
Le deuxième étage commence à se parfumer des essences de l'arménie, de l'encre, du papier journal et des lumières d'acier. Les voix se font entendre, les graves se solidifient. La petitesse de "Moi" est touchante. Séverine a réalisé les premiers tatouages sur le corps de Jacques, qui petit à petit se transforme. Il mue. Un être s'éveille, redoutable, figure du père, du grand-père, fort et faible comme l'homme. Le dos est la colonne vertébrale du spectacle. "Apprends la sagesse". Les effets de l'encre sont presque immédiats et apparemment sans douleur. Mais pas sans effet. Surtout sur Séverine qui nous parle de la différence essentielle d'avec une toile en coton enduit... ni chaude, ni douce. Elle travaille déjà avec les crânes de souris, au travers des pelotes de réjection des chouettes de la grange de la Vrignaudière, pourvu qu'elle ne décide pas de peindre exclusivement et définitivement sur de la peau humaine ! Il n'en est pas de même avec la décoloration des cheveux et de la moustache. Cinq heures dans une officine Ardéchoise spécialisée dans cette modification profonde de personnalité, d'effacement progressif de soi, de transformation en un autre. Jacques me fait penser à Blade Runner, le sublime Rudger Hauer. Il nous manque cruellement un Kindjal, un pantalon de commandant et les bottes souples Arméniennes pour habiller ce nouvel être qui nous accompagne. Chaque déplacement à un sens, chaque regard, chaque position de l'un par rapport à l'autre est une sensation autant qu'une information, pour qui veut l'entendre. Aucune importance de comprendre, juste voyager, comme au théâtre, sans réfléchir, et puis sortir porté et instruit par la parole de Gérard Chaliand. Mais pour arriver là, chaque respiration doit être réfléchie et répétée, une sorte de parcours comme le livre des morts tibétain, où chaque entité rencontrée sur la route de la libération tant attendue, chaque état d'être croisé, senti, frôlé, sur le chemin, comme l'air que l'on respire, nous ouvre la porte suivante, ou nous renvoie inéluctablement à la renaissance, au recommencement inexorable et cyclique. Ptoléméen... Lucifer n'est pas un rôle facile. Sur le plateau la lumière est une amie, les VL 100 ARC ERS sont vraiment de magnifiques machines, 575HMI redoutables et tranchants, mes lames à moi... pour leurs larmes. Comme des couteaux, les faisceaux découpent l'espace et les corps et composent un univers en noir et blanc, d'acier, de DCA, et de rotatives. La Sabre, la bien nommée, est une console très rapide, familière, une sorte de clavier musical, un manche de guitare qu'on joue les yeux fermés, entier à la sensation des doigts sur les cordes et le bois... Odile est incroyable. Elle forme avec Jacques un des plus troublant couple de Théâtre. Un couple dont on sent qu'aucun texte ne leur résistera, et qu'aucun texte à la hauteur de leur art n'a encore été écrit. Odile, comme une reine tragique, incarne le rôle le plus difficile que je connaisse: l'histoire. Aveugle, habillée de journaux, elle trace sur scène les diagonales du fou, du cheval, de la partie d'échec annoncée que la vie va gagner, fragile, comme l'eau quand elle épouse les recoins les plus cachés de la matière. C'est authentiquement une tragédiene classique, dans le sens le plus moderne de cette noton, et dans le plus proche de la tradition. Etre Hier, aujourd'hui, et demain à la fois. Un acteur en somme. Jean Claude apprivoise tout doucement le drôle de ton que son personnage en mutation constante oblige. Ne pas jouer, ne finir la pensée qu'à la fin de la phrase dite. ne pas savoir son texte, puisque la parole s'invente au fur et à mesure de la pensée, et connaître son texte au rasoir, sans aucune hésitation, automate... semble être une prouesse technique. Ne surtout pas trouver de ressemblance avec quoi que ce soit d'autre. Ecouter, recevoir, c'est difficile de recevoir, et de ne donner que l'essentiel, le minimum, l'irréductible. Et de recommencer à chaque filage. La captation avance. J'aime beaucoup l'équipe. Nous allons commencer cette semaine. Je vous en reparlerai. Bises. Frédéric
Commentaires
et l'équipe t'aime aussi beaucoup...je relais vos textes...ceux qui, de l'extérieur, n'approchant ce travail que par ce blog, ont eu la chance de voir l'enchainement du diaporama et de la musique se disent boulversés...déjà...du bonheur les amis...rien que du bonheur en fin de comptes...la Vie...Elle, toujours plus forte...malgré tout...(envie de mettre un gros YES!!...mais je me retiens (fonction de la parenthèse, retenir
@+