SP_A0220.jpgA cet endroit, on pourrait énoncer quelques bases de l'écrasement de la culture par la langue administrative. Ou pire encore de l'écrasement de nos compagnies théâtrales par les administratifs. En vingt ans, je n'ai vu que disparition de métiers, d'ouvrier et de savoirs faire dans les théâtres, de lieux de fabrication, de menuiseries, d'entrepôts mémoire des lieux, de trucs et d'astuces de machinistes, de cintriers magiciens, de cavernes remplies d'accessoires, de mobiliers de bouts de décors, donc de rêves, au profit de bureaux aseptisés et d'administrateurs muselés par leur propre administration, comptables des compagnies, tricheurs des assedics et tristes de l'être. Pas très résistants ? Là n'est probablement pas la question, ce serait trop facile de jetter la pierre. Disons plutôt que c'est une belle invention que d'insérer un maillon fusible et de le nommer comme responsable, quand il est sans autre pouvoir que de suivre les souhaits du groupe ou celui des financiers. Quand un directeur technique fini en prison après l'effondrement d'un gradin, ce sont tous les directeurs techniques de France qui se souviennent ou qui apprennent qu'ils sont civilement responsables. Et à ce moment l'ordre de mettre plus de gens dans une enceinte n'est plus accepté par les responsables qu'ils sont devenus. Il faudrait sans doute qu'un administrateur reconnaisse que la déviation des droits assedics des intermittents n'a pu se faire qu'avec leur consentement pour qu'enfin ces mêmes administrateurs puissent prendre entièrement leur place et choisir leur camp. C'est à cette condition que le statut de l'artiste pourra être défini sainement. Il faudrait dans doute que les administrations culturelles reçoivent - pour rire - l'ensemble et la variété des dossiers de demande de subvention que le théâtre reçoit chaque année. Tous différents pour décrire le même spectacle. Tous aussi stérile quand à la logique artistique des étages à gravir. Tous aussi réducteurs de capacités en statuts, et d'êtres en cases à remplir. Ici, pour que le culture ne soit pas un commerce, l'artiste doit devenir administrateur.