« … notre nation trois fois millénaire a pu survivre par son obstination à parler notre langue et à conserver sa foi.
Par En compagnie des Loups le mardi, février 20 2007, 12:20 - Arménie - Lien permanent
Extrait de "mémoire de ma mémoire" de Gérard Chaliand
« … notre nation trois fois
millénaire a pu survivre par son obstination à parler notre langue et à
conserver sa foi. Cette foi, transmise à travers les mots familiers qui rendent
grâce au pain et au vin et à celui qui nous les dispense grâce à notre labeur.
Aussi avons-nous pu rester nous-mêmes à travers les siècles, qu’ils soient
fastes ou néfastes. Nous avons donné au monde chrétien ses premières et
peut-être ses plus émouvantes églises. Et depuis, bien avant la grandeur de
Rome, que nous avons tenue en échec, et de Byzance, à laquelle nous avons donné
une de ses dynasties les plus illustres, nous avons survécu à toutes les
invasions, supporté toutes les destructions, cultivé à nouveau ce qui fut
dévasté, rebâti ce qui fut saccagé. (…) nous avons envoyé nos marchands aux
confins du monde connu, participé, selon les circonstances, aux croisades pour
desserrer l’étau musulman, dont nous avions si fort senti l’étreinte. Puis,
nous avons été vaincus et asservis, comme tant d’autres et pour longtemps. Nous
avons aussi connu la dispersion sur trois continents. Souvenons-nous en ce
moment où nous sommes irrémédiablement seuls, sans aide aucune à espérer et
sans autre perspective que de durer, que notre peuple fête chaque année une
défaite, celle de Vartanants où, il y a un millénaire et demi, les nôtres
surent mourir pour ne pas accepter la conversion au mazdéisme des Perses.
Ainsi, il est des défaites qui sont des victoires, non qu’elles nous paraissent
telles pour nous qui les subissons, mais parce qu’au-delà de nous-mêmes, elles
prolongent ce pour quoi nous avons vécu et consenti à mourir. » Gérard
Chaliand
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